Dans les travaux de l'oeuvre, nos habitudes scolaires comme sociales nous guident automatiquement vers des voies sur lesquelles il n'y a aucun espoir de compréhension. Et cette habitude a tellement été pratiquée en nous pendant des années, que nous ne percevons pas le chemin subtil qu'il y a à parcourir dans les situations intermédiaires de la matière.
Nous raisonnons en chaud/ froid, solide/liquide, liquides/gaz etc...et nous avons perdu la haute valeur de l'observation des
états intermédiaires
de la matière.
Ci-dessus une surfusion (état où un liquidus commence juste à se cristalliser, à changer d'état). Ici avec le trisulfure d'antimoine, ci-dessous avec du bismuth. Sans l'examen de cette phase intermédiaire, il ne nous est pas possible de voir l'intelligence de ce métal. On ne le voit que solide ou liquide...
Or ce sont dans les états de devenir de la matière que résident des forces de métamorphoses énormes.
La fabrication du sels pour la coquille de l'Oeuf de coction fait partie de ces tours de main.
Et si dans les états purement métalliques les températures sont souvent relativement fortes - il arrive dans les séparations de monter jusqu'à 1200°C - , ici la conception des la coquille de l'Oeuf de coction se situe à des températures bien plus basses...mais toujours dans les fourchettes des états intermédiaires.
Lorsque nous réalisons une
séparation au fer par exemple ou une
séparation au cuivre, le but est bien de rendre aussi pure que possible la partie antimonieuse restante, qui gardera dans son
livre fermé les molécules les plus subtiles du fer ou du cuivre au sein de ses entrailles.
Nous aidons ensuite
par les aigles ces parties à se coaguler. Après ces coagulations - que nous verrons plus bas, nous obtenons des petits oeufs que nous réunissons dans l'oeuf de coction.
Mais il faut savoir préparer sa coquille.
Le vaisseau à concevoir à cette fin est composé de deux parties :
- la base qui est une coupelle d'épaisseur 1 cm et de diamètre 15 cm.
- son couvercles, qui est une sorte d'assiette plate dotée de trous :
Le tour de main consiste à remplir la coupelle du bas jusqu'à 1 mm du bord, de sorte que la coupelle du haut soit arasante, sans la toucher.
On place dans la coupelle du bas le
caput mortuum délité issu des séparations. Il sera délité à l'abri de la pluie la nuit en présence de la lune ( et donc de ses rayons polarisés). Ce caput se délite en général au bout de 3 jours, et prend ainsi, puisqu'il est au sortir des coulées complètement déshydraté, toute l'humidité ignée des nuits :
De ce caput mortuum revivifié, on sort par distillation une eau avec laquelle on imbibe habilement par les trous, au gouttes à gouttes. Avec un feu intermédiaire compris entre 250 et 380°C ( cela dépend de la qualité des matières), on voit peu à peu la croûte épaisse de sel de coquille qui se fixe sur la coupelle du dessus.
C'est en effet le pouvoir de la thermogravimétrie : le tour de main de la cristallisation de ce sel consiste à sublimer
l'eau de constitution qui est dans le caput, et qui vient une fois que l'eau d'imbibition soit évaporée.
Car si l'eau d'humidité, qui disparaît au dessus de 100/115 °C, est constituée par des molécules d'eau séparées chimiquement des cristaux métalliques, elle n'est nullement unie à la constitution du minéral. Bien au contraire, l'eau zéolithique est celle qui est insérée dans la structure critalline, elle commence à s'échapper au delà de 120°C en apportant avec elle la libération des hydroxydes des métaux présents de la caput mortuum. C'est ainsi que la structure cristalline du caput mortuum change.
... Je pourrais évoquer durant des pages entières ce que j'ai appris à la Manufacture Nationale de Sèvres lors de mon apprentissage sur la cuisson des porcelaines et qui m'avait été enseigné d'une manière plus imagée dans les Vosges lorsque j'étais enfant, avec mes Maîtres.
Mais voici qu'à petits pas, clopin-clopan, que le stock commence à grossir...
...à suivre...